Le sujet de la Défense européenne est devenu en quelques semaines LA priorité des dirigeants européens de l’UE, de la Grande-Bretagne mais aussi des nos alliés de l’OTAN – y compris des USA, du Canada, de la Turquie, de la Norvège etc.
La réalité de la menace russe est à présent clarifiée. Rares sont ceux qui la contestent. L’impérialisme russe a remplacé l’impérialisme états-unien dans les esprits. L’ambition de Poutine de reconquérir l’espace ex-soviétique (dont l’Ukraine, les Pays Baltes, la Moldavie, la Géorgie) mais aussi de reprendre la main sur l’espace ex-Pacte de Varsovie (dont la Pologne, la Roumanie etc) est bien compris. « La Russie n’a pas de frontières » a affirmé Poutine. Message reçu 5/5..
L’urgence est bien là et elle force les décisions difficiles. L’initiative « ReArm Europe » de l’UE est adoptée par les 27 dirigeants, même par Viktor Orban qui y voit d’abord une occasion de récupérer des fonds européens (comme d’habitude…). Une composante essentielle est la mutualisation de 150 milliards d’euros de fonds européens pour piloter la modernisation les armées de l’UE, introduisant ainsi une dose de fédéralisme dans cette initiative dont personne n’aimerait qu’elle aboutisse in fine à réarmer les européens pour se faire la guerre entre eux. Ce risque est rendu crédible par la poussée des nationalistes en Europe – dont l’histoire a montré le ferment belliciste contre les voisins immédiats.
Le pilier européen de l’OTAN commence à s’esquisser, sans les Etats-Unis d’Amérique mais aussi avec leur assentiment pour autant que les Européens continuent à acheter de l’armement US. Mais la souveraineté européenne dépend de l’indépendance totale de notre filière Défense. L’exemple de la souveraineté nucléaire de la France est aujourd’hui apparu lumineux pour les dirigeants – y compris la Grande-Bretagne, elle qui a un fil à la patte tenu par les USA. Il faut donc s’attendre à des interférences US sur ce point dans la construction de notre pilier européen et il faudra tenir bon car ce pilier est susceptible de remplacer un jour l’OTAN elle–même.
Les nationalistes commencent à être embarrassés : ils soutiennent toujours les initiatives souveraines. Mais ils ont compris que le pilier européen de la Défense sera supra-national car européen. Inacceptable ! Mais que proposer à la place: rien si ce n’est une approche pacifiste qui n’est plus audible aujourd’hui ! Donc nous pourrons avancer malgré leur opposition.
L’axe Pologne, Allemagne, France, Grande-Bretagne va devenir structurant très rapidement pour prendre les décisions qui s’imposent et agglomérer de nombreux autres pays (UE et hors UE) et les industriels du secteur. Cette dynamique, encouragée par l’UE, est lancée et elle est forte. Les freins seront levés les uns après les autres car les opinions publiques européennes soutiennent. Nos voisins ukrainiens et moldaves s’en réjouissent. Les géorgiens regardent de plus loin avec envie. Poutine a beau invoquer le retour de Napoléon et préparer de nouvelles actions de guerre hybride (voir la série TV finlandaise « Conflict » sur Canal+), cela ne suffira pas à enrayer notre dynamique.
Les contours précis restent à être définis mais la volonté est bien là. L’Europe de la Défense va donc naître. L’Europe Puissance a besoin de ce pilier pour être crédible et ne plus être qu’un grand marché.
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