De retour de l’Université d’automne (UA) du Mouvement Européen-France (ME-F) qui s’est tenue à Belfort du 06 au 09 novembre, je souhaite vous informer sur les travaux des ateliers et conférences principalement axées sur le thème de la souveraineté, industrielle bien sûr (Peugeot, Alstom…) mais également stratégique (défense et numérique) et partager quelques réflexions personnelles sur ces sujets.
Je m’attarderai sur le thème de la défense, au cœur des préoccupations du ME-F et de notre section depuis l’agression russe en Ukraine. Deux résolutions du ME-F, l’une sur l’Ukraine, l’autre sur la défense européenne, ont été discutées en atelier puis adoptées en Conseil d’administration.
S’agissant de l’Ukraine, notre section est un exemple de persévérance dans la dénonciation de cette agression et de soutien tant moral, avec la Maison de l’Europe Bretagne Sud, que concret avec l’engagement de nos amis de Breizh Ukraine Solidaire. La résolution du ME-F exprime clairement ce que nous disons tous les samedis pendant nos manifestations.
S’agissant de la défense européenne, l’Union Européenne (UE) a réellement enclenché son réarmement en voulant produire et acheter européen. Je ne vous citerai pas les chiffres qui en témoignent mais je ne négligerai pas, non plus, les limites et résistances qui se font jour.
Les limites tiennent aux sources d’approvisionnement qui conduisent à l’achat américain sur « étagère » mais également aux manques d’hommes, aux défis logistiques ainsi qu’à la capacité financière, notamment française. Donner des subventions ou prêter de l’argent se traduit finalement par de la dette et donc des complications de politique interne quand il s’agit d’arbitrer entre l’éducation, par exemple, et la défense…
Les résistances viennent essentiellement des pays du groupe de Visegrad : Tchéquie, Slovaquie et à leur tête la Hongrie. La Pologne est aujourd’hui en retrait de ce groupe de pays issus du pacte de Varsovie. L’UE trouve des solutions de contournement mais il faudra bien modifier les traités pour sortir de l’unanimité, et, en attendant, utiliser tous les moyens existants pour neutraliser le rôle néfaste tenu par Viktor Orban, le dirigeant hongrois actuel.
La résolution enjoint l’UE à dépasser ces limites et mettre fin aux résistances, sans naïveté concernant les attaques sournoises et permanentes de la Russie tant par des moyens militaires (intrusions d’aéronefs et sous-marins) que civils (cyber-attaques, fausses informations, entretien des orientations populistes…).
C’est sur ce sujet de la résistance aux efforts de défense que je souhaite vous livrer mon opinion. Elle n’est, en effet, pas réservée qu’à ces pays de l’ex-URSS.
La question de la guerre, puisqu’il s’agit de cela en fait, nous pose un problème légitime à nous européens, convaincus que la paix est source de progrès et de prospérité : Sommes-nous capables de penser une possible guerre et, donc, acceptons-nous de nous mettre en capacité de la gagner ?
Force est de constater que nous faisons face à une offensive des dictateurs et apprentis dictateurs nationalistes et démagogues (Poutine pour les premiers et Trump pour les seconds). Ils prospèrent dans une sorte de zone grise de «ni paix, ni guerre » qui leur permet d’installer un état d’exception de mise en cause de l’Etat de droit, permanent en interne au nom de la défense des intérêts du peuple.
Tout devient révisable et clivant. Cette zone grise mélange les principes et valeurs fondamentales démocratiques avec la vie en commun du quotidien. Par exemple, Les militaires sont mobilisés pour faire de la police administrative, induisant une guerre civile permanente. Les réseaux sociaux et certains médias sont aujourd’hui les vecteurs de fausses informations, de post-vérités, avec toutes les conséquences néfastes notamment sur les jeunes et l’avenir de la démocratie.
Que devient la « vraie » guerre dans ce flou sémantique ? Elle devient extérieure aux préoccupations mises en avant par les thématiques choisies par ces prétendus démocrates. Dans un précédent « mot » j’évoquais le « désir guerrier » qui conduisait à nommer improprement guerre toute situation difficile, conflictuelle, guerre tarifaire, guerre contre le coronavirus, guerre contre la drogue…pour appeler à l’action, se montrer en chef agissant au risque de se terminer en vraie guerre.
Il faut vraiment faire attention à ces prétendus démocrates souvent fervents nationalistes et anti-européens. Ils agissent paradoxalement de façon internationale, en sous-main, avec des slogans simplistes racoleurs comme nous l’a montré, pendant une conférence à l’UA de Belfort, Gwendoline Delbos-Corfield, ancienne députée européenne, qui a beaucoup travaillé sur l’internationale de l’anti-avortement.
Il nous faut donc être clair. Si les débats politiques internes et la menée des politiques publiques ne doivent pas être confondus avec une guerre, l’agression de l’Ukraine présentée comme une opération spéciale est une guerre contre un pays souverain dont l’attachement à l’UE est patent. Cette guerre est absolument contraire au droit international et aux principes et valeurs énoncées dans la charte de l’ONU et les traités constitutifs de l’UE. C’est inacceptable ; nous devons la dénoncer et nous préparer à toute extension de l’agression sur le sol de l’Union Européenne qui serait vraisemblablement présentée comme la continuation de cet état de «ni guerre, ni paix », menée pour défendre les intérêts du peuple, de minorités linguistiques « opprimées » et/ou du « Sud global » martyrisé par l’Occident…
Christian Tabiasco
Président du Mouvement Européen Morbihan

