Chers Amis du Mouvement européen du Morbihan,
Il se passe beaucoup trop d’évènements dans le monde pour espérer avoir un regard objectif sur une seule partie du monde. Chaque évènement entraîne des répercussions difficilement prévisibles.
Cependant je vous avoue avoir une inquiétude liée aux engagements pris lors du dernier sommet OTAN.
Les pays européens, sauf l’Espagne, largement majoritaires au sein de l’OTAN ont accepté, sous pression des Etats-Unis, de porter leurs dépenses militaires, directes et indirectes à 5% de leur PIB.
Certes l’OTAN est le seul cadre opérationnel performant mais totalement dépendant des Etats-Unis. Sachant que les Etats-Unis ne s’engagent pas, en contrepartie, à défendre, explicitement et sans barguiner, les pays européens qui seraient agressés, cette surdépense est inutile voire dangereuse si elle n’est pas consacrée à constituer un pilier européen structuré comme l’est l’OTAN actuellement.
Elle est inutile car les pays européens dépensent déjà deux à trois fois plus pour leurs dépenses militaires que la Russie et, surtout, l’armement n’est qu’une partie du problème. Se réarmer exige une résilience économique majeure dont l’UE possède une partie des clés. Il faudra des ouvriers formés pour construire les bateaux et les chars ainsi que des routes, des ponts et des rails susceptibles de les acheminer. Et par-dessus tout une coordination pour ajuster les lieux, les dimensions et les approvisionnements.
Elle est dangereuse car elle conduirait à un réarmement des nations en prétendant réarmer l’Europe au risque de voir l’armée allemande redevenir la première armée conventionnelle du continent, seul pays en mesure d’augmenter ses dépenses budgétaires. C’est exactement ce que Schuman et Monnet voulaient exclure en créant la CECA, berceau de notre UE.
A défaut de tout cela l’UE rejoindra la série des alliances dont l’histoire nous appris qu’elles sont des nids de méfiance réciproque, plutôt moteurs de guerre que de paix. A cet égard je vous suggère de lire, sur la plage ou ailleurs, le livre « les somnambules » de Christopher Clark sur les causes de la 1ère guerre mondiale.
Il nous faut démontrer notre résilience Européenne au-delà des déclarations d’intention du sommet lesquelles appellent à une meilleure « coopération entre les industries de défense de part et d’autre de l’Atlantique » et à une Alliance devant s’appuyer sur ses partenariats pour promouvoir la coopération entre industries de défense, référence timide à la nécessité pour les Européens de travailler à la mise en place d’une base industrielle de défense compatible avec ce qui se fait dans un cadre transatlantique. En outre le Sommet a inclus une réunion entre le secrétaire général de l’OTAN, le président Ukrainien et les représentants de cinq pays européens (France, Royaume-Uni, Allemagne, Pologne et Italie) regroupés dans un nouveau format diplomatique – appelé E5 – lequel pourrait préfigurer le pilier européen dans l’OTAN en devenir.
Le défi est de taille face à un adversaire Russe, qui nous teste, secondé par l’actuel président des Etats-Unis. Ce défi sera plus exigeant que la résilience prouvée lors de la querelle « paroissiale » du Brexit.
Nous avons des raisons d’espérer. Les Européens, selon le dernier eurobaromètre (voir PJ), font montre d’une intelligence collective en plébiscitant la coopération européenne comme seul bloc de stabilité. Il est juste de dire que les Français le font un peu moins mais quand même à 60%, et beaucoup plus si on exclut les partis aux deux extrêmes. L’approbation a tendance à augmenter dans tous les pays.
Notamment au Danemark qui asurre la présidence du Conseil au second semestre, laquelle commence le 1er juillet avec pour slogan « Une Europe forte dans un monde en changement ».
Certes l’approbation de l’aide à l’Ukraine ne faiblit pas mais nos amis Ukrainiens ont besoin de notre fermeté d’âme selon les valeurs et principes constitutifs de l’UE.
Je vous souhaite, quoi qu’il en soit, un excellent été. Nous nous retrouverons le samedi 23 aout à 11h pour fêter l’anniversaire de l’indépendance de l’Ukraine sur le port de Vannes puis le vendredi 12 septembre pour une soirée conviviale de partage d’idées. Retenez la date. Nous y reviendrons très vite.
Amicalement.
Christian Tabiasco
Président Mouvement Européen Morbihan
Responsable Mouvement Européen France du développement local nord

