Toutes les actualités 5 Blog 5 Assurons l’indépendance de l’Ukraine, pour les Ukrainiens et pour les Européens
Marque page horizontal - Bleu foncé-1

Assurons l’indépendance de l’Ukraine, pour les Ukrainiens et pour les Européens

26 08 2025 | Blog

Maison de l’Europe et Mouvement Européen du Morbihan. nous fêtons aujourd’hui, comme
chaque année, la déclaration d’indépendance de l’Ukraine du 24 août 1991. Cette célébration est
l’occasion d’élargir notre petit cercle habituel de manifestation du samedi et nous sommes
profondément reconnaissants aux organisations politiques, syndicales et humanitaires qui ont
répondu à notre appel à se joindre à nous aujourd’hui : fédération départementale des Républicains,
Horizons, Renaissance, Modem, Les Ecologistes, fédération départementale du Parti
Socialiste, Union départementale CFDT, Retraités CFDT, Breizh Ukraine Solidaire et Union des
Ukrainiens de Bretagne.

Nous remercions aussi bien sûr les élus qui nous honorent et nous appuient
de leur présence, en premier lieu le maire de Vannes M. David Robo et le sénateur du Morbihan M. Simon Uzenat
qui ont tous deux manifesté de manière constante leur soutien à la cause ukrainienne. Tous ces
mouvements et personnalités auront naturellement la parole s’ils le souhaitent.
Rappelons la signification historique de la déclaration d’indépendance de l’Ukraine avant d’insister
sur les fondements de l’engagement pro-ukrainien de nos deux associations et de caractériser la
situation actuelle de la cause ukrainienne.

I. La déclaration de 1991, sa portée et ses suites
-La déclaration a été faite par le Parlement de Kiev à une majorité écrasante
-Elle a été suivie par le référendum du 1er décembre 1991 qui a approuvé l’indépendance par 90%
des voix
-Elle a été confirmée par les Etats directement concernés sous la forme des accords de Minsk de
décembre 1991 signés par les présidents russe, biéloruse et ukrainien, qui entérinent la disparition
de l’URSS laquelle est formellement dissoute le 26 décembre.
-Elle a abouti à la révolution orange de 2004 et au mouvement Euromaïdan de 2013-2014
-Elle est devenue le jour de la fête nationale du pays.
En somme, elle est l’acte fondateur de l’Etat ukrainien moderne : acte démocratique d’une nation
qui se reforme et fondement de la résistance de cette nation à la guerre d’agression qui l’attend.

II. Mais notre engagement pour l’Ukraine découle de la guerre
Nous ne serions pas ici s’il n’y avait eu la guerre déclenchée en février 2022. C’est la nature de cette
guerre, ses caractéristiques et le type de pouvoir politique qui l’a déclenchée qui nous ont fait
bouger.
1) Une guerre d’agression, la première sur le continent européen depuis celles du nazisme qui ont
abouti à la Seconde Guerre mondiale, c’est-à-dire une invasion massive d’un pays indépendant par
une armée étrangère, violation caractérisée du droit international
2) Une guerre d’exactions, de crimes systématiques : meurtres de civils de sang froid, viols,
tortures, à Boutcha, à Irpin, à Izioum, à Kherson, déportation de dizaine de milliers de personnes
dont des milliers d’enfants, toutes exactions qualifiables au moins de crimes de guerre et sans doute
de crimes contre l’humanité.
3) Une guerre de destruction : villes et infrastructures civiles écrasées sous les bombes, victimes
civiles par dizaine de milliers, Marioupol, Sieverodonetzk, Sloviansk, Lyssytchansk,
Kramatorsk…Les Russes se comportent par la table rase comme ils l’ont fait en Tchétchénie (à
Grozny) et en Syrie (à Alep) et ils continuent ces bombardements de cibles civiles à l’heure même
où ils parlent d’engager un processus de paix.
4) Une guerre de conquête et d’annexion, ce que là encore on n’avait pas vu depuis l’époque nazie.
Tout se passe comme si la Russie voulait purement et simplement s’approprier une partie sinon la
totalité de l’Ukraine. Une Ukraine dont la Russie nie d’ailleurs non seulement le droit à
l’indépendance mais encore l’existence en tant que nation, en tant que peuple, et l’on sait que ce
genre de négation d’un peuple est la matrice idéologique du génocide. D’ailleurs les plans d’un
certain nombre d’idéoloques autour de Poutine ne prévoyaient-ils pas au terme d’une victoire éclair
de liquider physiquement l’élite politique, militaire et intellectuelle du pays et de rééduquer le
peuple dans des camps ad hoc ?

III. La guerre révèle justement l’évolution politique fondamentale de la Russie.
Après quelques années d’apparence d’ouverture, elle revient peu à une dictature ressemblant au
régime soviétique sinon par son idéologie du moins par ses méthodes : contrôle total des médias
utilisés pour une propagande grossière, criminalisation de toute pensée ou expression divergeant de
celle du pouvoir, liquidation y compris physique des opposants (rappelons Anna Politkovskaïa,
Boris Nemtsov, Alexei Navalny, Vladimr Kara-Mourza et la mort par grève de la faim du musicien
Pavel Kushmir) et, peut-être plus grave que tout, falsification de la réalité présente et réécriture de
l’Histoire. Après avoir dissous Mémorial, fondé par Sakharov et qui avait accompli un travail
admirable en investiguant minutieusement les crimes de l’époque soviétique, le pouvoir russe a
dissous aussi Helsinki 77 l’association qui identifiait les violations des droits de l’homme de
l’époque présente. Les criminels de l’époque soviétique sont réhabilités comme Djerjinski le premier
chef de la Tchéka. A quand le retour à la négation des massacres de Katyn et de l’Holodomor ?
Quand on nie la barbarie, c’est qu’on est prêt à la recommencer. Et il ne s’agit pas seulement de
méthodes, les institutions sont là pour accompluir la sale besogne : Tchéka, Guépéou, NKVD, KGB,
FSB, la filiation de l’appareil policier totalitaire est continue depus un siècle, l’Etat criminel russe
profond est toujours là, avec sans doute comme nouveauté une dimension mafieuse. Tragédie dont
le peuple russe est la première victime, même si la régression morale frappe une partie du peuple
russe lui-même.

IV.En face de cet agresseur un pays qui se rapproche de l’Europe
L’Ukraine se réclame de nos valeurs européennes, à partir d’une situation initiale très déficiente,
elle fait de grands progès pour mettre ces valeurs en oeuvre en bâtissant peu à peu une démocratie et
en luttant contre la corruption. Elle a exprimé le souhait de rejoindre un jour notre Union qui a
d’ailleurs reconnu la légitimité de sa candidature. Nous nous devons donc de la soutenir.

V. L’enjeu européen du conflit
Au contraire, suivant une politique constante depuis 80 ans, la Russie fait tout pour affaiblir la
construction européenne, en attisant les divisions entre nos pays et en soutenant partout les forces
politiques anti-européennes. En défendant l’Ukraine contre la Russie, c’est donc l’Europe que
nous défendons. Et l’Ukraine nous donne une leçon : nos valeurs, notre liberté, notre unité ne
peuvent être vraiment défendues qu’en prenant des risques. Cette guerre est en vérité un défi pour
l’Europe : le défi de rester unis et aussi d’être plus forts comme Européens.

VI. L’enjeu mondial
Autour de la Russie, cette guerre réunit sous diverses formes et à des degrés divers une coalition
de régimes autoritaires et totalitaires : Chine, Iran, Corée du Nord,. Ces régimes diffèrent par leur
orientation idéologique et par leurs intérêts particuliers. Mais ils ont en commun leur hostilité à la
démocratie et à la liberté. C’est donc un peu le sort de la liberté et de la démocratie dans le
monde qui est en cause car une défaite de l’Ukraine renforcerait ce camp autoritaire en favorisant
de nouvelles attaques contre les démocraties. Le combat de l’Ukraine est le nôtre, à nous défenseurs
européens de la liberté et de la démocratie.

VII. Le lâchage de l’Amérique
Dans ce combat, nous pouvions compter jusqu’à présent sur les Etats-Unis qui, malgré leurs
erreurs et leurs fautes, étaient tout de même les garants ultimes de la liberté et de la démocratie dans
le monde. Hélas ce n’est plus vrai. Les gouvernants américains actuels, et d’abord le premier d’entre
eux, semblent avoir perdu de vue l’enjeu du combat de l’Ukraine. Pis, ils semblent s’être alignés sur
l’analyse russe du conflit et se rallier aux objectifs de la Russie : par sympathie idéologique peut-être la connivence de tendances autoritaires et réactionnaires sans doute aussi par calcul des profits
économiques à tirer d’un rapprochement avec la Russie. En tout cas, les Etat-Unis ont cessé de
soutenir clairement l’Ukraine, en diminuant leur appui miltaire et surtout en exerçant une terrible
pression politique pour amener les dirigeants ukrainiens à négocier avec la Russie sur la base de
concessions territoriales et politiques.

VIII. La responsabilité de l’Europe
Le lâchage américain place l’Europe devant une responsabilité lourde et nouvelle : porter
quasiment seule le fardeau du soutien à l’Ukraine. Est-elle capable de faire face à cette
responsabilité ?
-Une évidence d’abord : cette capacité dépasse les moyens et la volonté des Etats pris
individuellement ; ni la France, ni l’Allemagne n’ont plus les reins assez solides pour être à la
hauteur d’une telle entreprise. Celle-ci est du ressort de l’ensemble de l’Union Européenne.
-Mais pour cela l’UE doit être plus forte, c’est-à-dire plus unie, ce qui suppose une réforme de
son système de décision pour le rendre efficace : décider à la majorité qualifiée en politique
extérieure et non plus à l’unanimité et sans doute, à terme, avoir un président élu au suffrage direct
et une défense commune.
-L’aide militaire européenne doit se faire plus forte pour remplacer celle des Etats-Unis. Elle a
déjà dépassé celle-ci en valeur mais elle doit gagner en qualité et inclure davantage d’armes lourdes
capables d’obtenir une percée du front pour déboucher si possible sur la reconquête des territoires
occupés ou au moins sur la stabilisation du front: artillerie de longue portée, chars lourds, aviation
moderne. Elle doit aussi inclure des moyens défensifs pour permettre à l’Ukraine de parer aux
attaques aériennes incessantes et massives qui frappent ses villes et ses installations vitales.
Elle arrive encore trop lentement et affaiblie par des restrictions d’emploi : pas plus d’une certaine
portée pour ne pas atteindre le territoire russe. Si l’aide avait été massive et donnée tout de suite, la
situation aurait sans doute été tout autre : sans doute moins de pertes humaines et de destructions
matérielles, refoulement de l’armée russe, libération de tout le territoire ukrainien occupé, peut-être
même chute du régime poutinien.

Les raisons de la lenteur européenne ne sont pas techniques, elles sont politiques, morales,
psychologiques : nos démocraties n’aiment pas la guerre, elles retardent le plus possible le moment
de la faire, comme le montre leur comportement des années Trente et de la Seconde guerre
mondiale. Dans cette réticence les gouvernants sont les premiers responsables. Mais ils ne sont pas
seuls en cause : ils reflètent les opinions publiques marquées par le pacifisme de masse lié au
confort et à l’individualisme. Une grande tâche nous incombe donc : convaincre nos concitoyens
que leurs valeurs et même leur mode de vie sont menacés par les régimes autoritaires et que leur
sauvegarde a un prix, celui justement que paient les Ukrainiens.

Il faut dénoncer le discours ambiant sur la paix. L’Ukraine subit une pression considérable
pour entrer dans un procesus de négociation. Mais ces négociations ne doivent pas aboutir à
une capitulation c’est-à-dire à une soumission aux exigences russes qui sont, on le sait, l’abandon
de territoires, le désarmement du pays et le remplacement de son régime politique par un pouvoir
acquis à la Russie. Seule une paix juste est accepable, celle qui préserve l’intégrité territoriale,
la liberté politique, la sécurité et l’indépendance du pays. Heureusement les Ukrainiens ont
montré qu’ils constituaient désormais une nation acharnée à défendre son existence, qu’ils ne se
sentaient pas russes et ne voulaient plus vivre sous un régime russe qui au surplus a montré qu’à vue
humaine il ne pouvait être que dictatorial. Alors peut-être accepteront-ils un arrangement
comportant certaines concessions. Mais ce sera sans doute un arrangement provisoire. A la première
occasion, à toute nouvelle menace russe, ils reprendront la lutte. C’est après tout ce que nous avons
fait nous Français après la défaite de 1870 : accepter un traité comportant une amputation du
territoire et une forte indemnité pour reprendre la lutte quelque 40 ans plus tard. Donc seule une
paix juste sera durable.


Alors encore et toujours : vive l’Ukraine pour l’Europe mais aussi vive l’Europe pour l’Ukraine !
François-Xavier Camenen
Président de la Maison de l’Europe Bretagne Sud